Sona Jobarteh, la kora en héritage

Ecolière studieuse et réservée, Sona Jobarteh grandi entre Banjul, capitale de la Gambie, Londres et Oslo, où son père fut muté. Joueuse de piano, de violoncelle et de clavecin (elle maîtrise aussi la guitare sans avoir suivi de formation), elle étudie au célèbre Royal Collège of Music de Kensington, dans le plus cossu des arrondissements londoniens, puis suit des cours à la Purcell School of Music où elle apprend à composer. Sona Jobarteh a une quinzaine d’années lorsqu’un professeur tente de la dissuader de poursuivre son apprentissage de la kora. « Il disait que l’instrument n’était pas dans les tonalités du moment sans comprendre que la musique puisse venir d’ailleurs », se souvient-elle.

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La jeune virtuose persiste, continue de « vivre avec sa kora » et multiplie les projets avec notamment l’ensemble River of sound, de l’Orchestre de chambre irlandais, en collaboration avec Evelyn Glennie, une célèbre percussionniste écossaise. Elle joue également avec l’Orchestre philharmonique royal puis en compagnie du jazzman britannique Cleveland Watkiss en 2002. Quand elle n’évolue pas avec l’African Classical Music Ensemble, où elle rejoint parfois son frère Tunde Jegede, sa kora lui ouvre les portes des festivals du monde entier.

En 2009, Sona Jobarteh compose la bande originale du film Motherland où elle explore différents thèmes musicaux propres à l’Afrique.

« Mon inspiration vient de mes racines et de ma volonté de faire bouger les lignes. Je ressens toujours quelque chose d’unique et de très profond quand je joue de la kora. En interprétant des musiques qui ont été composées il y a plusieurs siècles, je ressens la force de mes ancêtres et les mêmes émotions qu’eux. »

Invitation à l’introspection

Mais le pouvoir de la kora ne se cantonne pas à celle qui en joue. « Partout dans le monde, on s’aperçoit que l’instrument a la faculté de capter immédiatement l’attention, assure t-elle. Il installe le silence et crée dans l’air une forme d’apaisement. » En se mêlant à la voix suave de la chanteuse, les notes de la demi-calebasse sont une invitation au voyage et à l’introspection.

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Après un premier album intitulé Afro Acoustic Soul en 2008, Sona Jobarteh prévoit de sortir un deuxième opus à la fin de l’année. Il devrait compter une vingtaine de titres dont Gambia, une chanson dédiée à l’indépendance et à l’histoire pacifique de son pays d’origine, et dont le clip a déjà été visionné plus de 4 millions de fois sur YouTube.

A Banjul, la musicienne a ouvert en 2014 une école de musique où une vingtaine d’enfants, âgés de 10 à 18 ans, apprennent à jouer des instruments traditionnels (kora, balafon, ngoni, djembé) de la culture mandingue. « Tous les grands musiciens africains travaillent en Europe ou en Amérique et l’influence des musiques comme le hip-hop ou le R & B fait que les jeunes oublient leur histoire et leurs traditions, dit-elle. Avec cette académie, je veux transmettre une culture musicale et ainsi la faire durer. » Si la kora donne parfois le sentiment de figer l’instant, les griots n’ont pas le pouvoir d’arrêter le temps.