Le Niger, sous-traitant africain de la politique migratoire de l’Europe

« La situation est extrêmement complexe », reconnaissait le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, lors d’une visite à Agadez, le 21 juin. « Je demande instamment qu’une aide au développement soit apportée à la communauté locale. Que cela nous plaise ou non, la cessation de la traite d’êtres humains a eu pour conséquence que des milliers de familles ont perdu leur moyen de subsistance. Si la communauté internationale ne soutient pas le Niger, ces familles pourraient se retourner contre les étrangers bloqués ici », a averti le chef du HCR.

Le cul-de-sac d’Agadez

L’UE, par l’entremise du Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique, ainsi que les partenaires bilatéraux ont certes promis des centaines de millions d’euros pour aider la population locale, offrir une alternative professionnelle aux anciens trafiquants, développer et sécuriser la région. Mais les effets tardent à se faire sentir.

Parallèlement, la situation a changé de nature et comporte des risques. D’une part, les réseaux de transporteurs choisissent dorénavant d’autres voies transsahariennes plus dangereuses que celles utilisées auparavant mais désormais surveillées par les autorités. D’autre part, Agadez est devenu un cul-de-sac pour les candidats à la migration qui ont vu les routes se fermer.

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Enfin, les « hot spots » ont attiré une clientèle nouvelle. La ville a ainsi vu arriver plusieurs milliers de Soudanais, souvent réfugiés du Darfour, en quête du statut de réfugiés politiques que peuvent théoriquement leur accorder les fonctionnaires français de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra), envoyés ponctuellement au Niger pour trier les dossiers en collaboration avec l’OIM et le HCR.

La France s’est engagée à aller chercher 3 000 réfugiés au Tchad et au Niger. A ce jour, seulement quelques dizaines ont été accueillies en France. Mais cet afflux de demandeurs d’asile a provoqué des tensions avec la population locale. C’est pour cette même raison que le Tchad, voisin du Niger, s’oppose à l’idée de ces centres de tri et d’enregistrement. « Cela risque de créer un appel d’air, a expliqué récemment le ministre tchadien des affaires étrangères, Hissein Brahim Taha. Des milliers de candidats à l’immigration viendront chez nous. » « L’essentiel est que les gens aient le choix. Celui de rester chez eux ou celui de continuer leur route », ajoute Patrick Youssef, directeur régional adjoint pour l’Afrique au Comité international de la Croix-Rouge (CICR). « Tout le monde a le droit de partir chercher une vie meilleure s’il en ressent le besoin », rappelle-t-il.