La rivalité entre Rome et Paris complique encore la situation en Libye

Les environs de la somptueuse Villa Igiea ont été bouclés. C’est dans cet hôtel art nouveau du centre de Palerme que doit se tenir, lundi 12 et mardi 13 novembre, une conférence internationale sur la Libye, parrainée par l’ONU. Alors que le géant d’Afrique du Nord est toujours divisé entre deux pôles de pouvoir, l’un à Tripoli (ouest) et l’autre à Benghazi (est), et que des affrontements entre milices éclatent sporadiquement ici et là, l’urgence d’une solution est plus impérieuse que jamais.

Pour Rome, l’enjeu est majeur. D’abord parce que c’est la première rencontre de cette ampleur organisée en Italie depuis l’arrivée du gouvernement Conte, constitué de deux forces – la Ligue (extrême droite) et le Mouvement cinq étoiles (« anti-système ») – qui n’ont pas fait mystère de leur volonté de repenser la diplomatie de leur pays.

Ensuite parce que la Libye et l’Italie ont noué au fil des siècles des liens beaucoup plus profonds que le laisserait penser la brièveté de l’expérience coloniale (1911-1943) en Tripolitaine et en Cyrénaïque. Ainsi, depuis l’intervention de l’OTAN ayant causé la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, sur laquelle l’Italie avait été à peine consultée, Rome n’a eu de cesse de chercher à se voir reconnaître, de la part de tous les acteurs, une certaine prééminence.

Le chef du gouvernement d’« accord national » basé à Tripoli, Faïez Sarraj, soutenu par Rome, sera bien sûr présent. L’homme fort de l’Est, le maréchal Khalifa Haftar, n’avait toutefois toujours pas confirmé dimanche soir sa participation, un silence de mauvaise augure pour les chances de succès de la réunion de Palerme. Tout comme restait incertain le déplacement du président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi: ses rapports avec l’Italie sont très difficiles depuis la mort de l’étudiant italien Giulio Regeni, dont le corps supplicié a été retrouvé près du Caire en février 2016. A deux jours de l’ouverture, le ministère italien des affaires étrangères admettait…