Coupe du monde 2026: le Maroc face au mur américain

De nos envoyés spéciaux à Moscou,

Dans l’histoire quasi centenaire des coupes du monde, la désignation du pays organisateur a rarement été une formalité. Il y a plus de 80 ans, le président de la FIFA de l’époque, Jules Rimet, décidait que la Coupe du monde 1938 devait se dérouler en France, alors qu’elle était promise à l’Argentine en vertu de l’alternance entre Europe et Amérique du Sud. Conséquence, l’Argentine boycottait le rendez-vous en terre française et ne devait plus participer à la Coupe du monde pendant vingt ans.

Depuis bien de coups tordus ont marqué le processus de désignation, jusqu’à la très controversée décision adoptée le 2 décembre 2010 par le comité exécutif de la FIFA d’attribuer deux coupes du monde le même jour, celles de 2018 (Russie) et 2022 (Qatar). Les dirigeants d’alors étaient loin d’imaginer que ce serait le coup d’envoi du Fifagate, avec la mise à jour par la justice américaine d’une formidable corruption qui allait emporter une grande partie d’entre eux, à commencer le président Joseph Blatter.

Sept ans et demi plus tard, la « nouvelle » FIFA, avec à sa tête Gianni Infantino, a considérablement changé les règles du jeu. Pour sa première désignation, celle de la première Coupe du monde élargie à 48 équipes, il n’est plus question de comité exécutif, disparu au profit d’un nouvel organe plus large, le Conseil. Ce sont directement les présidents de toutes les fédérations qui vont désigner l’organisateur du Mondial 2026. Et ce ne sera plus dans le secret d’un vote à huis clos, mais au vu et au su de tous…

L’Europe et l’Asie n’étant pas conviées à faire acte de candidature pour avoir accueilli les deux éditions précédentes, ce sont donc l’Amérique du Nord (Concacaf) et l’Afrique qui se sont attelées à la tâche. Avec deux candidatures très différentes…

Est-ce pour cette raison que certains pays africains se sont déjà démarqués de la candidature marocaine s’engageant en faveur d’United 2026 ? Ni le Libéria, ni la Namibie, ni l’Afrique du Sud ni le Zimbabwe n’ont invoqué les menaces de Trump pour expliquer leur choix au détriment de leur voisin marocain. Dans l’hôtel luxueux sur les bords de la Moskova que les accueille, les dirigeants africains qui doivent voter ce mercredi sont majoritaires à refuser de confirmer leur vote. Si le président nigérien Djibril Hima Habidou, plus connu sous le nom de Colonel Pelé, ou l’Ivoirien Sidi Diallo (hors micro), nous ont confié leur engagement à soutenir le Maroc, d’autres, tout en souhaitant la victoire marocaine, ont évité soigneusement de dire qu’ils allaient voter pour le candidat africain. Autre difficulté, et non des moindres, pour le projet marocain, l’hostilité de l’Arabie Saoudite, qui cherche à entraîner ses pays proches en faveur des Etats-Unis. Enfin l’Europe, malgré le soutien actif de la France ou de la Russie, est loin de s’enflammer pour le candidat méditerranéen, l’Angleterre et ses proches ainsi que l’Europe de l’Est sont majoritairement pro-américaines…

Le suspense, ou ce qu’il en reste, sera levé ce mercredi après-midi, lors d’un vote électronique qui devra dégager une majorité absolue pour l’un ou l’autre. A moins que les délégués ne préfèrent, comme cela leur sera également proposé, de remettre la balle au centre et d’écarter les deux candidatures pour un nouveau processus de sélection ouvert cette fois aux Européens et au Asiatiques.