Au Cameroun, un régime à bout de souffle menacé sur quatre fronts

Longtemps à huis clos, elle a fini par fuiter sur les réseaux sociaux où s’accumulent désormais des images d’exactions et de brutalités commises par les forces de sécurité, mais aussi par les miliciens. Des cafés branchés de Douala aux bars des quartiers populaires, nul n’ignore plus qu’une guerre impitoyable se déroule entre le pouvoir de Paul Biya et des concitoyens désespérés qui, au départ, ne faisaient que manifester pour demander le respect au quotidien de leur spécificité anglophone. Le président se refuse toujours à débuter un dialogue avec les leaders de ce qui est devenu une rébellion sécessionniste. Laquelle n’en est encore « qu’au début », comme le promettent ses chefs « militaires » en quête de financement pour s’armer.

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A ces deux guerres déclarées s’ajoutent une lutte sans merci contre le grand banditisme armé à la frontière centrafricaine et un important déploiement militaire dans la péninsule de Bakassi, rétrocédée par le Nigeria en 2008. Sur les eaux et dans les criques marécageuses de ce territoire stratégique et riche en pétrole grouillent toujours des gangs lourdement armés.

Paul Biya se bat sur quatre fronts tout en préparant sa campagne pour la présidentielle, laissant peu de place à la surprise, comme l’explique l’intellectuel camerounais Achille Mbembe. « La possibilité d’une révolte par les urnes étant presque nulle, l’hypothèse d’une lutte armée fait de plus en plus l’objet de débats au sein de groupuscules radicaux, de plus en plus nombreux », note le professeur à l’université du Witwatersrand, en Afrique du Sud, dans un texte paru dans Le Monde Afrique.

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Ces tensions qui ne cessent d’empirer menacent la bonne tenue du processus électoral. Après les législatives, les élections municipales viennent d’être décalées d’une année par décret présidentiel, sans qu’aucune explication n’ait été donnée. Seule la présidentielle se tiendra. S’il est élu, Paul Biya quittera le pouvoir à l’âge de 92 ans.