Addis-Abeba tend la main à l’Erythrée pour régler leur différend ..


Le régime éthiopien, dirigé par le nouveau premier ministre Abiy Ahmed, a fait souffler, mardi 5 juin, un vent de réformes sur le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique en annonçant la fin de son différend frontalier avec l’Erythrée et l’ouverture au privé du capital de grandes entreprises publiques.

Ces deux annonces surprises représentent des changements de politique majeurs imprimés par M. Abiy, nommé en avril. Son prédécesseur, Hailemariam Desalegn, avait démissionné en février, emporté par une crise politique sans précédent depuis l’instauration du régime actuel, en 1991.

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C’est par un communiqué publié sur son compte Facebook que la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (plus connu sous son acronyme anglais, EPRDF), a renversé la table.

Sur le front diplomatique, les autorités ont annoncé leur volonté « sans hésitation » de mettre un terme au litige frontalier avec le pays voisin devenu ennemi juré, l’Erythrée.

« Deux pays frères »

« Le gouvernement éthiopien a décidé de mettre en œuvre pleinement l’accord d’Alger », signé en 2000 pour mettre fin au conflit entre les deux pays et les conclusions « de la commission sur la démarcation de la frontière », écrit l’EPRDF dans son communiqué.

Dans son discours d’investiture, début avril, le premier ministre avait promis de travailler à restaurer la paix avec l’Erythrée. Reste à présent à savoir si Asmara acceptera cette main tendue. « Le gouvernement érythréen devrait adopter la même position sans condition préalable et accepter notre appel à restaurer la paix trop longtemps perdue entre les deux pays frères, comme c’était le cas auparavant », a ajouté l’EPRDF.

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L’Erythrée a accédé à l’indépendance en 1993, faisant perdre à l’Ethiopie son unique façade maritime sur la mer Rouge.

Entre 1998 et 2000, un conflit a opposé les deux voisins, faisant au moins 80 000 morts, notamment en raison de divergences sur la démarcation de leur frontière commune. Un accord de paix avait été signé fin 2000 à Alger. Puis une commission d’arbitrage soutenue par l’ONU avait tranché la question du tracé de la ligne de séparation entre les deux pays, attribuant notamment la localité disputée de Badme à l’Erythrée. Mais l’Ethiopie a jusqu’ici continué à occuper Badme.

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Depuis, les deux pays maintiennent d’importantes forces le long des 1 000 km de leur frontière. Des affrontements périodiques ont laissé craindre une reprise d’un conflit à grande échelle, notamment en 2016.

Ouverture du capital d’Ethiopian Airlines

Outre cette annonce majeure, le régime éthiopien a également pris des mesures susceptibles de changer la face de l’économie du pays, en ouvrant notamment au secteur privé le capital des plus grandes entreprises publiques, tout en gardant la majorité de contrôle.

Parmi les sociétés concernées figurent la compagnie d’électricité, celle de télécommunications, Ethio Telecom, ainsi que le transporteur aérien Ethiopian Airlines, l’un des plus importants du continent. Addis-Abeba est devenu un carrefour pour des lignes à destination du reste de l’Afrique, de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Asie.

La coalition au pouvoir a ajouté que les chemins de fer, des parcs industriels et des usines pourraient, eux, être complètement privatisés.

Cette mesure « doit permettre aux citoyens éthiopiens vivant à l’étranger, qui souhaitent depuis longtemps participer au développement de leur pays, ainsi qu’aux étrangers avec leur savoir-faire et leurs devises, de jouer un rôle positif dans notre croissance », a précisé l’EPRDF.

L’économie éthiopienne, très largement sous le contrôle de l’Etat, a enregistré entre 2004 et 2016 une croissance annuelle moyenne de près de 10,5 %. Les prévisions du Fonds monétaire international pour 2018 s’établissent à 8,5 %. Mais de nombreux analystes ont récemment souligné l’impact négatif sur l’investissement des restrictions imposées par les autorités sur les mouvements de devises étrangères.

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Un peu plus tôt dans la journée de mardi, le Parlement éthiopien avait voté la levée de l’état d’urgence imposé en février, au lendemain de la démission de l’ancien premier ministre. Une nouvelle mesure d’ouverture après la restauration de l’accès à Internet sur l’ensemble du territoire et la libération récente de prisonniers politiques.