A Tunis, le vélo se rebiffe

LETTRE DE TUNIS

Le garde du palais présidentiel a roulé des yeux incrédules en voyant débouler la petite troupe à cycles. En face des grilles du palais de Carthage, l’agent est plus habitué aux convois officiels, carrosseries noires et vitres fumées. Là, pourtant, c’est un gros peloton de deux-roues, mollets à l’air et mines joviales, qui dévale en chuintant dans la nuit d’encre. Après la grande torpeur des après-midi reclus de ramadan, les rives du golfe de Tunis s’ébrouent. L’iftar, la rupture du jeûne, a comme réveillé tout un peuple qui sort soudain goûter à la fraîcheur du soir, à pied, en voiture ou à… vélo.

Ce soir-là, les adeptes de Vélorution s’étaient donné rendez-vous devant un café près de la mosquée de La Marsa avant de s’ébranler vers Carthage pour une séance ciné. Vélorution, c’est une association prêchant la révolution du vélo en Tunisie, une sacrée cause dans un pays où le tout-bagnole tyrannise la voirie. Le cousinage avec le mouvement international du « critical mass » (masse critique), né à San Francisco au début des années 1990, est revendiqué.

Balbutiements

Depuis une petite année, Tunis est aussi – comme ailleurs – le théâtre de ces rassemblements de vélos dans les artères de la capitale, processions forçant le passage, brisant les habitudes, s’ouvrant des brèches dans une chaussée jusque-là imprenable. Le vélo, ce laissé-pour-compte de la cité, cet opprimé du trafic, se rebelle. Et ce n’est pas un hasard si Vélorution a un soir déployé ces brigades de VTC/VTT sur l’avenue Bourguiba, le cœur politique de la capitale, là où s’exhale l’air du temps.

Le phénomène en est encore à ses balbutiements mais il imprime sa marque, insensiblement. Il révèle l’émergence d’une nouvelle culture urbaine, plus respectueuse de l’individu, du qualitatif, de la pluralité. Une esquisse de réponse, minuscule réplique, à l’engorgement des villes et au déficit de transports publics -, même si Tunis n’est pas Le Caire. « Les gens réfléchissent…

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